jeudi 24 septembre 2015

Making-of Shudo (part3) // Au combat !


Note 1 : Fait avec les ressources que j'ai sous la main.
Note 2 : J'ai toujours pas uploadé l'animatique, pardon pardon.


Ce billet sera à propos de la production.
Pour ceux qui ne connaissent pas trop l'animation, je vous écris quelques lignes sur les différentes étapes qui amènent à la conception d'un film d'animation.

• Tout commence à la préproduction. La préproduction concerne toutes les étapes de recherches du film : de l'écriture du scénario, réflexion sur la mise en scène, mise en place du montage, définition du style du film, le design des personnages, des décors, couleurs du film et rendu du film. C'est tout ce dont j'ai parlé dans le Making-of (part2)
• La production commence quand la vision du film est claire, que tout est bien défini, et que l'équipe n'a plus à se poser de questions. En préproduction, on réfléchit et on décide. En production, on produit !
• Quant à la "post-production"... j'en parlerais dans le prochain billet.


Beaucoup d'informations sur la prod dans ces makings of :





Support texte pour mieux comprendre les making-ofs :


Notre préproduction était baclé, dans le sens où il nous manquait un model sheet complet, le design des décors, et le rendu def des décors. On a donc conçu une méthode de production un peu particulière, un pipeline improvisé en raison du peu de temps qu'il nous restait. (p.s : On a commencé la préproduction quand toutes les autres équipes étaient en production.). En fin de prod, on a découvert que notre système était similaire au "fonctionnement à la japonaise", ce qui était totalement involontaire de notre part.

(peut être un jour) note00 - Close up sur le layout posing



01 - CLOSE UP SUR LES DECORS.


Détail à savoir : on a en parti choisi le champ de bataille enneigé par facilité, par contrainte de temps et d'effectif. "Petit champ de bataille dans les plaines enneigées, c'est cool, c'est parlant, c'est esthétique, et c'est... super rapide à faire."

Mis-à-part le dojo qui devait être très carré sur la perspective, le layout décor (cad, décor trait) pouvait être très rough, sans vraiment coïncider les uns avec les autres, tant que la composition du plan était juste et que l'animation pouvait être posée dedans.

Dans tous les cas, comme une seule personne s'occupait du rendu final des décors, elle pouvait homogénéiser et finaliser tous les layouts.

Par exemple dans ces images :
Décor enneigé // Les rapports de sol et les inclinaisons ont été gardé intacts, mais le décor a changé. (Brindilles différentes, ajouts de forêt, sol plus lisse...)
Décor dojo // Le décor a été gardé intact, juste le parquet qui a été effacé et restylisé.








02 - CLOSE UP SUR LE PIPE D'ANIMATION.

La production lancée sur une préproduction faite le plus vite possible, il a fallu trouver un moyen d'être dans les clous, dans les temps tout en ayant un produit propre et cohérent à la fin. Au bout de quelques essais-erreurs, on a fini par s'organiser comme suit :



• 1 • A partir de l'animatique layoutée, l'animateur anime son plan en rough.
• 2 • Une fois posé en clé, l'animateur envoie à son superviseur anim respectif*.
• 3 • Une fois que le check anim est fait, le superviseur envoie l'animation au model checker.
• 4 • Le model checker renvoie l'animation à l'animateur, qui ajuste les dernières pétouilles et parfois corrige les autres poses non-model checkée du plan.
• 5 • Les animations sont ensuite validés en groupe.
• 6 • Les animations sont intervallées, soit par l'animateur qui était en charge du plan, soit par un autre animateur à l'aide d'une charte d'animation faite par l'animateur initial.



Animatique -> Rough Anim Volume



Rough -> Première mise au modèle par l'animateur -> Model Check (mise au modèle finale) 

 



Petit schéma qui explique le principe d'une charte d'animation. 
 



02bis - CLOSE UP SUR LE MODEL CHECK.

Comme le style du film et les model sheets n'étaient pas solides à la fin de la pré-production, l'étape de model check était primordiale.

De base, un animateur est souvent plus à l'aise quand on leur fournit un turn solide. Sur ce projet, les personnages dans les model sheets  ne tournent pas, et avaient des particularités esthétiques non notées dans les documents de référence. On a donc mis en place le poste de model-checker. "En plus, comme ça on a pas à faire trop attention au modèle quand on anime, ha ha ha."

On peut considérer que chaque plan model-checké était un prolongement du model-sheet-incomplet.

Le model-checker avait pour rôle de :
- Finaliser le travail du superviseur anim : comme le model-checker doit aller plus dans le détail du dessin et connaît mieux les possibilités du personnage, il peut et doit aller plus loin dans le détail de l'animation.
-Checker les volumes des personnages, vérifier les déformations volontaires et involontaires. Par exemple, dans notre film : le personnage est en volume, mais avec des déformations quand ça fighte.
- Checker le style de dessin et de la ligne.
- Rien faire, être content quand tout va bien, cliquer sur "fermer" avec un grand sourire en se disant "Mais qu'il est fort cet animateur !".


Des images "Avant/Après model Check". En rose : version fournie au model-cheker. En blanc : version model-checkée. Comme ça vous pouvez scroller facilement avec le slideshow.




(aaaarg son oreille !!!! J'ai fait du caca !!)




Je vous invite à re-regarder le making-of de Charles Badiller pour voir toute cette partie animée.
Prochaine étape, la post-prod.




03 - PETIT PARALLELE AVEC L'ANIMATION JAPONAISE. 


Petite interlude parce que je trouve que c'est intéressant. J'ai assisté à une conférence sur l'animation japonaise, je ne suis pas sûre d'avoir tout bien retenu, donc ne me prenez pas au mot, peut-être que je dis des bétises.


• De ce que j'ai compris, apparement, en France c'est comme ça :

"C'est le bazar, le réalisateur te demande des retakes uniquement verbalement parce qu'il ne sait ni animer, ni dessiner. Il y a un décalage entre ce que tu comprends et ce qu'il veut te faire comprendre. En plus de ça, souvent, il ne sait même pas ce qu'il veut." 
"Chaque boîte a une organisation différente."



• De ce que j'ai compris, apparement, au japon, le pipe d'animation marche plutôt comme ça :

"Au japon, ils ont pas de sous pour faire les films et série d'animation, alors tout est pensé autour de >> comment rentrer dans le budget. << " 
"Les réalisateurs sont quasiment tous des anciens animateurs, donc ils savent animer et dessiner." 


Du coup ça donne ce pipe standardisé  :

-> L'animateur pose les clés de son plan, et pose sa charte d'animation
-> Le réalisateur corrige les intentions d'animation en dessinant directement les poses clé en rough, sur une feuille colorée.
-> Le superviseur Anim retake les modèles et la charte si besoin, en dessinant sur une autre feuille colorée.
-> Retour à l'animateur qui fignole des petits trucs.
-> Retour au réalisateur, qui checke une dernière fois au cas où.
-> Go chez les intervallistes.


(C'est ce que j'ai compris, en tout cas.)

mercredi 23 septembre 2015

Making of Shudô (Part2) // A la fin, on était 3 ronins...



Note 1 : Fait avec les ressources que j'ai sous la main.
Note 2 : Un rônin désigne un samouraï sans seigneur...




Le redémarrage...

Après le split de groupe, il ne restait que trois personnes : Charles Badiller, Hugo Weiss, et moi. Au départ, on songeait sérieusement à abandonner complètement le film. Mais la veille du rdv avec l'équipe pédagogique, monsieur Pierre Pinon Arkenn vient me voir et m'annonce "Hey, j'ai parlé à Charles. Il veut continuer le film mais il veut pas te le dire parce qu'il pense qu'il a déjà trop compté sur toi sur l'ancien film, et il veut pas te refaire pleurer.". (lol.)


Manipulation ou pas, je me fais avoir par Mr. Arkenn, et je commence à travailler sur le film pour relancer le projet. Au lieu de reprendre notre monture de film à 7, je repars sur le premier pitch de mr. Charles :

Samuraïs - action, sentiments complexes [1e jet, évidémment modifiable]
Deux samuraïs sont assis l'un en face de l'autre. Le plus jeune sert une tasse de thé au second dans un rituel traditionnel. Soudain, leurs mains échangent un contact et une succession de flash-back rapides nous montre le passé commun des deux hommes. Le plus âgé bouscule alors d'un coup la table, attrapant son katana et démarre un combat au sabre. Un montage alterné montre à la fois la bataille présente et les aventures partagées entre les personnages jusqu'à ce que l'affection deviennent trop importante (montrée dans les souvenirs) et que l'élève ne doive tuer son maître pour se défendre (dans le présent), concluant leur relation et son apprentissage.



Je me fais un brainstorming en solo. (Un tout tout petit brainstorming....)




Les idées principales qui en ressortent :
Guerre / Extérieur / Violence <------> Sexualité / Intérieur / Amour
(Faites l'amour, pas la guerre, quoi.)

En gardant en tête qu'il faut montrer : "Que ce sont deux samourais, ancien maître et élève, amant, qui ont du se séparer". dans une limite de 1 min trente. J'établis un "système narratif" pour tout caser.


Ennemis/séparation (Champ de Bataille)
 -> Découverte qu'ils ont été maître à élève (flashback Dojo)
-> Suite de "ennemis" et "maitre à élève" (raccord sémantique baston baston)
-> Découverte que dans le passé, ils se sont rapprochés (Scène de bain)
-> Mais se rapprocher, c'est se rendre plus vulnérable (Cicatrice->Sabre baston baston)
 -> Découverte qu'ils sont amants et qu'entre se faire l'amour et se faire la mort, c'est la même chose (Etranglement sexualisé)





Lendemain après 3h de sommeil : "Et si on continuait le film..." "Non on a plus la force meuf, et puis on veut pas se foirer sur notre film de fin d'études." "Mais genre, on détruit pas tout, on reprend nos persos... 4 ans plus tard... et sur un champ de bataille ?" "Oui mais..." "On peut le faire !" "Ouais ok."

Donc on se met au travail à trois pour corriger un peu la nouvelle monture de scénar, et le rédiger au propre. Scénario qui tient dans moins d'une page A4, contre trois pour l'ancien scénar.

(Conclusion : Sans Mr. Arkenn, pas de film Shudô.)







C'est parti pour la préproduction !

Quand on était sept, on se répartissait les taches et on organisait des réunions pour se mettre d'accord (ou découvrir qu'on était pas d'accord). Sur le nouveau projet, on a choisi une manière plus dynamique de fonctionner pour le pré-découpage. On disait qu'on jouait au "Pictionnary" : tous les trois équipés de post-it, on proposait la suite du storyboard de manière spontanée et dessinée.

(Charles Badiller / Hugo Weiss / Bach To-Anh)


(les cases du dessous sont des post-its qu'on a gardé "au cas où")



A partir de là : montage du prédécoupage pour préparer l'animatique à trois ->  clean de animatique par Hugo & Charles pendant que je m'occupe du développement visuel. Depuis un an, je travaille sur du papier listing pour plusieurs raisons : pas cher, je ne m'interromps pas pour changer de feuille, facile à ranger, facile à montrer.


Color Script (Charles & Hugo & To-Anh)

Charles

Hugo

To-Anh RTK & Combine




Personnages :

 





Fin de préproduction :